Maladie d'Alzheimer : quelles sont les causes et les facteurs de risque ?
La maladie d’Alzheimer est une pathologie cérébrale complexe, qui ne repose pas sur une cause unique. Elle résulte d’un ensemble de mécanismes biologiques, impliquant notamment l’accumulation de certaines protéines dans le cerveau, mais aussi de facteurs de risque liés à l’âge, à la génétique ou à l’environnement. emeis, expert en gériatrie et en fragilités liées à l’âge, revient sur les causes et les facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer.
Ce contenu a été rédigé en collaboration avec le Dr. Yannick Breton, médecin de coordination médicale emeis, en région Occitanie.
Comprendre l'origine biologique de la maladie d'Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est avant tout une maladie du cerveau. Elle se caractérise par des lésions progressives qui altèrent le fonctionnement des neurones et, à terme, les fonctions cognitives.
Le rôle des plaques amyloïdes (plaques séniles)
Dans le cerveau, certaines protéines sont produites naturellement. Parmi elles, la protéine bêta-amyloïde peut, dans certains cas, s’accumuler de manière anormale.
Ces dépôts forment ce que l’on appelle des plaques amyloïdes. Elles s’installent entre les neurones et perturbent leur communication. Concrètement, les messages circulent moins bien, ce qui affecte progressivement la mémoire et d’autres fonctions cognitives.
Ce phénomène n’est pas immédiat. Il s’installe sur plusieurs années, parfois avant même l’apparition des premiers symptômes.
La dégénérescence neurofibrillaire et la protéine Tau
À l’intérieur des neurones, une autre protéine joue un rôle essentiel : la protéine Tau. Elle participe à la stabilité de la structure interne des cellules nerveuses.
Avec la maladie d’Alzheimer, cette protéine forme des amas qui perturbent le fonctionnement interne du neurone, un peu comme si les systèmes de transport à l’intérieur de la cellule étaient désorganisés.
Ce processus entraîne progressivement la dégradation puis la mort des neurones.
L'impact global sur le volume cérébral (atrophie)
L’accumulation des plaques amyloïdes et la désorganisation de la protéine Tau entraînent une conséquence directe : la perte de neurones.
Avec le temps, certaines zones du cerveau, notamment celles liées à la mémoire et à l’orientation, rétrécissent, diminuent de volume. On parle alors d’atrophie cérébrale.
Ce phénomène explique l’évolution progressive des troubles cognitifs observés dans la maladie.
L’âge : le premier facteur de risque non modifiable
L’âge constitue le principal facteur de risque de la maladie d’Alzheimer. Cela ne signifie pas que la maladie est une conséquence normale du vieillissement, ni une fatalité pour tous.
Le vieillissement cellulaire et l'accumulation des lésions
Avec l’âge, le cerveau subit des transformations naturelles. Les mécanismes de réparation cellulaire deviennent moins efficaces et certaines protéines peuvent s’accumuler plus facilement.
Cette vulnérabilité progressive favorise l’apparition des lésions caractéristiques de la maladie. Le cerveau devient moins capable de compenser ces altérations.
Statistiques : une augmentation exponentielle après 65 ans
Le risque de développer une maladie d’Alzheimer augmente nettement avec l’âge :
- Avant 65 ans, les formes restent rares.
- Après 65 ans, le risque double environ tous les cinq ans.1
Si l’âge joue effectivement un rôle déterminant dans l’apparition de la maladie, il n’en est pas pour autant une cause unique.
Pourquoi l'âge n'est pas une fatalité ?
Vieillir n’implique pas de développer une maladie neurodégénérative. De nombreuses personnes âgées conservent des fonctions cognitives préservées. L’âge agit comme un facteur de vulnérabilité, mais il ne suffit pas à expliquer à lui seul l’apparition de la maladie.
Dr. Yannick Breton, médecin de coordination médicale régional emeis
« Le premier facteur de risque de la maladie d'Alzheimer, c'est l'âge. Le risque de développer la maladie augmente fortement à partir de 65 ans. C'est donc une maladie dont la fréquence est étroitement liée au vieillissement, même si d'autres facteurs de risque, notamment environnementaux, interviennent également, et même si vieillir ne conduit pas systématiquement à la maladie. »
Génétique et terrain familial : quelle influence ?
La génétique intervient dans la maladie d’Alzheimer mais son rôle doit être nuancé.
Les gènes de susceptibilité : le cas de l'allèle APOE4
Certains gènes peuvent augmenter la probabilité de développer la maladie. L’exemple le plus étudié est l’allèle APOE4, un gène impliqué dans le transport des lipides (graisses), notamment du cholestérol, dans le cerveau.
Concrètement, l’allèle APOE4 est associé à une élimination moins efficace des protéines bêta-amyloïdes, favorisant leur accumulation dans le cerveau sous forme de plaques, ainsi qu’à une plus grande vulnérabilité des neurones face aux phénomènes inflammatoires et au vieillissement cellulaire.
Il s’agit donc d’un facteur de susceptibilité : une personne porteuse peut ne jamais développer la maladie, tandis qu’une personne non porteuse peut en être atteinte.
Différence entre facteur génétique et maladie héréditaire
Il est important de distinguer deux situations :
- les facteurs génétiques, qui influencent la probabilité ;
- les formes héréditaires, beaucoup plus rares, où la maladie est directement liée à une mutation génétique.
La majorité des cas de maladie d’Alzheimer ne relève pas d’une transmission héréditaire directe.
L'importance de l'histoire médicale familiale
Les antécédents familiaux peuvent constituer un indicateur utile pour les professionnels de santé. Ils permettent d’évaluer un niveau de risque global, sans valeur prédictive absolue.
Les 14 facteurs de risque modifiables de la maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer ne résulte pas d’un seul facteur. Son apparition dépend d’une combinaison complexe entre l’âge, la génétique, l’état de santé général, l’environnement et les habitudes de vie. Certains facteurs, comme l’âge ou les prédispositions génétiques, ne peuvent pas être modifiés. D’autres peuvent en revanche faire l’objet d’actions de prévention tout au long de la vie.
Le rapport 2024 de la commission permanente du Lancet consacré à la prévention des troubles neurocognitifs2 identifie 14 facteurs de risque modifiables.
Dr. Yannick Breton, médecin de coordination médicale régional emeis
« Ces facteurs de risque ne provoquent pas forcément une maladie d’Alzheimer chez une personne. En revanche, à l’échelle de la population mondiale, on estime que si ces 14 facteurs étaient maîtrisés, la survenue de la maladie pourrait être réduite de 45%3. Ce n’est pas un chiffre individuel mais un chiffre global. »
Ces 14 facteurs sont les suivants :
- l’inactivité physique ;
- le tabagisme ;
- la consommation excessive d’alcool ;
- la pollution atmosphérique ;
- les lésions cérébrales, notamment les traumatismes crâniens ;
- la faiblesse des interactions sociales ;
- un faible niveau d’éducation ;
- l’obésité ;
- l’hypertension artérielle ;
- le diabète ;
- la dépression ;
- la déficience auditive non compensée (qui peut entraîner un repli sur soi) ;
- un taux élevé de cholestérol LDL ;
- la perte de vision non corrigée.
Ces facteurs n’agissent pas isolément et leur présence ne signifie pas qu’une personne développera nécessairement la maladie d’Alzheimer. À l’inverse, leur absence ne permet pas d’exclure totalement le risque.
L’objectif de la prévention est donc d’agir, autant que possible, sur plusieurs dimensions complémentaires : santé cardiovasculaire, activité physique, alimentation, audition, vision, santé psychologique, stimulation cognitive et maintien des relations sociales. Ces actions sont utiles à tout âge et peuvent également contribuer à retarder l’apparition ou l’aggravation des symptômes.
Les facteurs de risque cardiovasculaires et métaboliques
La santé du cerveau est étroitement liée à celle du système cardiovasculaire.
Hypertension, diabète et cholestérol : le trio à surveiller
L’hypertension artérielle, le diabète et l’hypercholestérolémie (excès de cholestérol) sont aujourd’hui identifiés comme des facteurs de risque majeurs du déclin cognitif. Ces pathologies altèrent progressivement la micro-vascularisation cérébrale : les petits vaisseaux sanguins du cerveau deviennent moins efficaces, ce qui perturbe l’apport en oxygène et en nutriments aux neurones. À long terme, ces déséquilibres favorisent des lésions vasculaires et peuvent accélérer les processus neurodégénératifs impliqués dans la maladie d’Alzheimer.
Le tabagisme et la consommation excessive d’alcool représentent deux des principaux facteurs de risque cardiovasculaire et ont également des effets délétères sur la santé générale et cérébrale. Leur réduction, voire leur arrêt, constitue un levier de prévention à tout âge. L’arrêt du tabac reste notamment bénéfique même lorsqu’il intervient tardivement.
L'impact de l'obésité et de l'inflammation systémique
Le surpoids, en particulier lorsqu’il survient au milieu de la vie, est associé à une augmentation du risque de troubles cognitifs à distance. Ce lien s’explique en partie par l’état d’inflammation chronique de bas grade qu’entraîne l’obésité. Cette inflammation systémique, souvent observée dans le syndrome métabolique, pourrait favoriser des mécanismes biologiques impliqués dans la maladie d’Alzheimer, notamment en perturbant le fonctionnement des neurones et en amplifiant les processus dégénératifs déjà présents.
Santé du cœur et santé du cerveau : une synergie essentielle
Les recherches mettent en évidence une interdépendance étroite entre la santé cardiovasculaire et la santé cérébrale. Les facteurs qui altèrent le système vasculaire (pression artérielle, glycémie, profil lipidique) entraînent des répercussions directes sur le fonctionnement du cerveau.
Cette relation souligne que la maladie d’Alzheimer ne relève pas uniquement de mécanismes neurologiques isolés, mais s’inscrit dans une dynamique plus globale, où l’équilibre vasculaire joue un rôle déterminant, sans pour autant constituer une cause unique ou systématique de la maladie.
Dr. Yannick Breton, médecin de coordination médicale régional emeis
« Pour fonctionner, le cerveau a besoin d’être correctement irrigué par les vaisseaux sanguins. Tous les éléments défavorables à la circulation vasculaire constituent donc des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer : le tabac, le diabète, l’obésité ou encore le LDL-cholestérol, que l’on appelle le mauvais cholestérol. »
Facteurs environnementaux et réserve cognitive
Au-delà des facteurs biologiques et médicaux, l’environnement et le parcours de vie influencent également le risque d’apparition de la maladie d’Alzheimer.
Le rôle de la réserve cognitive et de l'éducation
La réserve cognitive correspond à la capacité du cerveau à compenser les lésions. Elle se construit au fil de la vie, notamment à travers les activités intellectuelles et les interactions sociales. Un niveau de réserve élevé peut retarder l’apparition des troubles.
Le niveau d’éducation est également associé à la constitution de la réserve cognitive. Ce facteur ne doit toutefois pas être compris comme un niveau scolaire à atteindre. À tout âge, lire, apprendre, échanger, pratiquer des activités culturelles ou découvrir de nouvelles occupations contribue à entretenir les fonctions cognitives.
Dr. Yannick Breton, médecin de coordination médicale régional emeis
« La perte d’audition non appareillée et la perte visuelle non corrigée sont identifiées comme des facteurs de risque. On peut notamment l’expliquer par le fait que, lorsqu’on entend moins bien, le cerveau est moins sollicité. De la même manière, lorsqu’on voit moins bien, on regarde moins son environnement et on fait moins fonctionner son cerveau. Cela peut entraîner une diminution de la réserve cognitive. »
Sommeil et système glymphatique : le « nettoyage » cérébral
Le sommeil joue un rôle dans l’élimination de certaines substances produites par le cerveau. Pendant les phases de sommeil profond, un système de « nettoyage » participe à l’évacuation des déchets, dont certaines protéines impliquées dans la maladie.
Un sommeil de mauvaise qualité pourrait perturber ce processus.
Dr. Yannick Breton, médecin de coordination médicale régional emeis
« Le cerveau dépense beaucoup d’énergie et fonctionne de manière très importante pendant la journée. La nuit, il entre davantage dans une phase de régénération. Ce n’est pas une seule mauvaise nuit qui est en cause, mais un sommeil de mauvaise qualité de manière chronique, qui peut constituer un facteur de risque pour la régénération cérébrale. »
Pollution, sédentarité et isolement social
Les interactions sociales sollicitent l’attention, la mémoire, le langage et les capacités d’adaptation. À l’inverse, l’isolement prolongé peut réduire les occasions de stimuler le cerveau et favoriser le repli sur soi.
« La pollution atmosphérique fait également partie des facteurs environnementaux identifiés, qui dépendent moins directement de nous. C’est un véritable sujet environnemental et de santé publique, » explique le Dr. Breton. Certaines mesures individuelles peuvent toutefois réduire l’exposition quotidienne, comme éviter les activités physiques intenses lors des pics de pollution.
Enfin, la sédentarité correspond au temps passé assis ou allongé en dehors des périodes de sommeil. Lorsqu’elle devient importante, elle peut favoriser d’autres facteurs de risque, comme le surpoids, le diabète ou les maladies cardiovasculaires, qui fragilisent également la santé cérébrale. Réduire les périodes prolongées en position assise, se lever régulièrement et intégrer davantage de mouvement dans les activités quotidiennes contribue ainsi à préserver la santé générale et cognitive.
Ces éléments n’agissent pas comme des causes directes, mais comme des facteurs qui peuvent contribuer à fragiliser le fonctionnement cérébral.
1https://alzheimer-recherche.org/quest-ce-que-la-maladie-dalzheimer/
2 Livingston G, Huntley J, Liu KY, et al. Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission. The Lancet, 2024.
3https://www.fondation-mederic-alzheimer.org/les-facteurs-de-risque
FAQ : Vos questions sur les causes de la maladie d'Alzheimer
Quels sont les principaux facteurs de risque de la maladie d'Alzheimer ?
Les principaux facteurs de risque sont :
- l’âge ;
- certains gènes de susceptibilité ;
- les maladies cardiovasculaires ;
- des facteurs environnementaux et liés au mode de vie.
Ils agissent de manière combinée, sans qu’un seul facteur explique à lui seul la maladie.
Peut-on attraper la maladie d'Alzheimer ?
Non. La maladie d’Alzheimer n’est pas une maladie contagieuse. Elle ne se transmet pas d’une personne à une autre.
Le stress est-il une cause directe de la maladie d’Alzheimer ?
Le stress n’est pas considéré comme une cause directe de la maladie d’Alzheimer. Ses effets doivent surtout être envisagés lorsqu’il devient durable ou qu’il s’accompagne d’une dépression, d’un repli sur soi ou d’une dégradation de l’hygiène de vie.
« Un choc émotionnel n’est pas un facteur de risque direct de la maladie d’Alzheimer. En revanche, lorsqu’un stress ou une dépression s’installe de manière chronique, l’exposition prolongée au cortisol peut entraîner des répercussions sur l’hippocampe. La dépression peut aussi agir indirectement, en favorisant l’isolement social et le fait de moins prendre soin de soi. »
Dr. Yannick Breton, médecin de coordination médicale régional emeis
Pourquoi certaines personnes n'ont-elles pas de symptômes malgré les lésions ?
Certaines personnes présentent des lésions cérébrales sans symptômes apparents. Ce phénomène s’explique en partie par la réserve cognitive. Le cerveau parvient, dans certains cas, à compenser les altérations pendant une période plus ou moins longue.