Traitements de la Maladie d’Alzheimer : médicaments et avancées de la recherche
La maladie d’Alzheimer ne dispose pas, à ce jour, de traitement permettant de la guérir. Pour autant, la prise en charge ne se limite pas à ce constat. Les traitements médicamenteux, les approches non médicamenteuses et l’accompagnement global permettent aujourd’hui d’agir sur les symptômes, de préserver certaines capacités et d’améliorer la qualité de vie. Parallèlement, la recherche progresse et ouvre des perspectives, avec des avancées encourageantes.
Ce contenu a été rédigé en collaboration avec le Dr. Claire Tschann, gériatre et Médecin Coordonnateur régional emeis.
Maladie d’Alzheimer : où en est la prise en charge médicale aujourd'hui ?
L'absence de traitement curatif définitif
À l’heure actuelle, aucun traitement ne permet de guérir la maladie d’Alzheimer ni de restaurer les fonctions cérébrales altérées. Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune prise en charge n’est possible. La médecine agit aujourd’hui sur les symptômes et sur l’accompagnement global de la personne, afin d’améliorer la qualité de vie des personnes atteintes.
Les médicaments symptomatiques existants
Les traitements médicamenteux actuellement prescrits visent principalement à ralentir l'évolution de la maladie et à atténuer certains symptômes de la maladie. Leur efficacité reste modeste et variable selon les personnes, et ils n’agissent pas sur les mécanismes à l’origine des lésions cérébrales.
Dr. Claire Tschann, Médecin Coordonnateur régional emeis
« En maison de retraite, les médicaments que l’on peut administrer dans certaines situations aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer ne sont pas spécifiques à la maladie, mais permettent de traiter des symptômes ou des états. Il peut s’agir de traitements contre un état dépressif, contre l’anxiété, l’agitation ou encore des troubles du comportement.
Les trois principaux médicaments prescrits sont les antidépresseurs, les neuroleptiques et les benzodiazépines.
L’objectif premier est d’atténuer ces symptômes pour le confort et la qualité de vie du patient. »
La question du déremboursement en France
En France, les médicaments spécifiques de la maladie d’Alzheimer ont été déremboursés en 2018. Cette décision repose sur une évaluation de leur efficacité jugée limitée au regard de leurs effets secondaires potentiels.
Ce choix a suscité des interrogations chez les patients et les familles. Il ne signifie pas que ces traitements sont inutiles, mais qu’ils doivent être prescrits avec discernement, en tenant compte du bénéfice réel pour chaque personne.
Les approches et traitements non médicamenteux
Les approches non médicamenteuses, dites douces, occupent une place essentielle dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer. Elles complètent les traitements médicaux et s’adaptent aux besoins de la personne.
Dr. Claire Tschann, Médecin Coordonnateur régional emeis
« Nous sommes passés d’une approche centrée sur les déficits à une vision beaucoup plus globale, valorisant les capacités qui sont préservées et la qualité de vie des patients.
Les approches non médicamenteuses sont aujourd’hui le pilier de la prise en charge de la maladie d’Alzheimer. Ce ne sont pas des traitements accessoires.
Les études montrent que ces méthodes ont un effet significatif sur les capacités cognitives, sur l’humeur, les troubles du comportement et la qualité de vie. »
La stimulation cognitive et l'orthophonie
La stimulation cognitive désigne un ensemble d’interventions structurées visant à mobiliser et entretenir les fonctions cognitives encore préservées, telles que la mémoire, le langage, l’attention ou les fonctions exécutives. Elle repose sur des exercices ciblés, réalisés individuellement ou en groupe, qui sollicitent activement ces capacités à travers des activités adaptées au niveau de la personne.
Ces interventions peuvent être proposées par différents professionnels et s’inscrivent dans une approche thérapeutique visant à ralentir le déclin fonctionnel et à maintenir l’autonomie au quotidien. L’orthophoniste, par exemple, intervient pour évaluer et prendre en charge les troubles du langage, de la mémoire et de la communication, en proposant des exercices adaptés aux capacités de la personne.
L'intérêt des thérapies non médicamenteuses
Certaines approches complémentaires peuvent contribuer au bien-être des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
Parmi elles :
- l’art-thérapie : qui consiste à utiliser la création artistique (dessin, peinture, modelage…) comme moyen d’expression pour stimuler les capacités cognitives et émotionnelles ;
- la musicothérapie : qui s’appuie sur l’écoute ou la pratique de la musique pour apaiser l’anxiété, favoriser les souvenirs et améliorer le bien-être. Un format particulièrement apprécié par les patients, explique le Dr. Tschann. Les personnes se souviennent des paroles de certaines chansons qu’ils écoutaient avant l’apparition de la maladie ;
- la médiation animale : qui repose sur la présence d’un animal pour créer une interaction qui stimule les émotions, réduit le stress et favorise le lien social.
Ces pratiques permettent d’agir sur l’anxiété, l’humeur et les troubles du comportement. Elles favorisent également le maintien du lien social et émotionnel.
Activité physique et aménagement du quotidien
L’activité physique régulière, même modérée, contribue au maintien de la mobilité et de l’autonomie. Elle participe également à l’équilibre global de la personne. Par ailleurs, l’aménagement du cadre de vie joue un rôle important : sécurisation des espaces, repères visuels, routines structurantes. Ces adaptations facilitent le quotidien et limitent les situations de désorientation.
Dans certains EHPAD emeis, des activités adaptées sont proposées dans des dispositifs dédiés. Les pôles d’activités et de soins adaptés (PASA) s’adressent spécifiquement aux personnes présentant des troubles cognitifs modérés. Ces espaces permettent de structurer la journée autour d’activités adaptées, incluant des exercices physiques doux, dans un environnement sécurisé et stimulant.
Dr. Claire Tschann, Médecin Coordonnateur régional emeis
« Dans les unités de soins adaptés emeis, l’objectif principal est de préserver la liberté du résident. Il ne peut pas sortir seul de l’unité, pour des raisons de sécurité, mais des temps de sorties en sécurité sont organisés pour respecter la liberté d'aller et venir de nos résidents.
Parce qu’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer peut ressentir le besoin de déambuler, nous aménageons également les espaces intérieurs de façon qu’elle puisse circuler librement, même la nuit.
Un résident atteint de la maladie d’Alzheimer peut aussi développer d'autres types de troubles du comportement. Dans nos unités, une grande prudence est apportée aux objets et au mobilier à disposition des résidents. »
Avancées de la recherche : quels espoirs pour demain ?
La recherche sur la maladie d’Alzheimer est particulièrement active. Elle explore plusieurs pistes, avec l’objectif de mieux comprendre la maladie et de développer de nouveaux traitements.
Le Dr. Tschann rappelle, qu’à ce jour, les nouveaux traitements ne sont pas disponibles en France ; la Haute Autorité de Santé (HAS) a refusé leur remboursement.
L'immunothérapie et la lutte contre les plaques amyloïdes
Les recherches récentes sur la maladie d’Alzheimer se concentrent notamment sur l’immunothérapie, à travers le développement d’anticorps monoclonaux ciblant la protéine bêta-amyloïde. L’objectif de ces traitements est de favoriser l’élimination des dépôts amyloïdes présents dans le cerveau, impliqués dans les mécanismes précoces de la maladie.
Des molécules comme le Lecanemab (Leqembi) ou le Donanemab ont montré, dans certains essais cliniques, une réduction des plaques amyloïdes ainsi qu’un ralentissement modéré du déclin cognitif chez des patients à un stade précoce de la maladie.
Ces résultats constituent une avancée importante mais doivent être interprétés avec prudence. Les bénéfices cliniques restent modestes à l’échelle individuelle et ces traitements sont parfois associés à des effets indésirables spécifiques, notamment des anomalies cérébrales visibles à l’imagerie (ARIA), pouvant inclure œdèmes ou microhémorragies. Leur utilisation reste donc strictement encadrée et limitée à certaines indications.
Dr. Claire Tschann, médecin Coordonnateur régional emeis
« Ces nouveaux traitements ne guérissent pas la maladie. Ce n’est pas une révolution. Mais c’est une première étape. La recherche continue ; ces nouvelles pistes apportent l’espoir de disposer, dans le futur, de thérapies plus efficaces. »
Les traitements ciblant la protéine Tau
Parallèlement à la voie amyloïde, la recherche s’intéresse à la protéine Tau, dont l’agrégation anormale à l’intérieur des neurones est étroitement liée à la progression de la neurodégénérescence.
À ce stade, les résultats restent exploratoires et aucun traitement ciblant spécifiquement Tau n’a encore démontré une efficacité clinique suffisante pour une utilisation en pratique courante.
La réévaluation d'anciens médicaments
Certaines équipes de recherche explorent également le repositionnement de médicaments déjà connus, utilisés dans d’autres pathologies. Cette stratégie permet de gagner du temps, car ces molécules sont déjà bien étudiées en termes de sécurité. L’enjeu est d’évaluer leur efficacité potentielle dans la maladie d’Alzheimer.
Les avancées en termes de prévention et de diagnostic
Interrogée sur la recherche liée à la maladie d’Alzheimer, le Docteur Tschann met en avant deux avancées dont on parle encore trop peu souvent : la prévention et le diagnostic.
Pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer, la réalisation d’une ponction lombaire permet le dosage de plusieurs biomarqueurs spécifiques de la maladie, présents dans le liquide céphalo-rachidien (liquide qui entoure le cerveau et la moelle épinière). Ces marqueurs biologiques, les protéines tau et tau phosphorylées, peptide béta-amyloïde, reflètent des pathologies cérébrales et seront bientôt disponibles par test sanguin. « Le diagnostic sera plus simple, plus accessible, plus précoce », explique le Dr. Tschann.
La prévention devient également centrale et s’impose de plus en plus dans le discours entourant la maladie d’Alzheimer. L’accent est mis sur les conseils hygiéno-diététiques : sommeil, activité physique, lien social.
Dr. Claire Tschann, Médecin Coordonnateur régional emeis
« Afin de prévenir et de retarder l’apparition de la maladie, il est essentiel de continuer à avoir une activité cognitive le plus longtemps possible, même quand on est à la retraite : lire, avoir des activités où l’on réfléchit, pratiquer des activités qui nécessite une réflexion poussée, maintenir le lien social…
Et, au-delà de l’activité cognitive, observer une hygiène de vie saine est primordial.
Faire de l’activité physique, ne pas fumer, adopter une alimentation équilibrée : cela permet d’éviter l’apparition de comorbidités (diabète, hypertension artérielle…) et donc de limiter les complications qui peuvent être liées à la maladie d’Alzheimer et précipitent souvent son évolution. »
Construire un parcours de soin global et adapté
La prise en charge de la maladie d’Alzheimer ne repose pas uniquement sur un traitement, mais sur un parcours de soin coordonné.
Le rôle essentiel de l'équipe pluridisciplinaire
Plusieurs professionnels interviennent dans l’accompagnement d’un patient atteint de la maladie d’Alzheimer :
- le médecin traitant, qui coordonne le suivi ;
- le neurologue ou le gériatre, pour l’évaluation spécialisée ;
- les psychologues, orthophonistes et ergothérapeutes, qui interviennent sur différents aspects des troubles.
Cette approche pluridisciplinaire permet d’adapter les interventions aux besoins de la personne. Dans les parcours d’accompagnement proposés au sein des établissements emeis, cette approche pluridisciplinaire s’organise de manière coordonnée, afin d’ajuster les interventions au plus près des besoins de la personne et de son évolution.
Dr. Claire Tschann, Médecin Coordonnateur régional emeis
« Dans les EHPAD emeis, le parcours de soin est toujours construit de manière pluridisciplinaire. Nous réfléchissons à l’accompagnement quotidien en équipe, tous ensemble, avec les infirmières, les aides-soignantes, le médecin, la psychologue, mais également les proches du résident. »
Adapter la prise en charge selon l'évolution de la maladie
Les besoins évoluent au fil du temps. Une personne en phase précoce ne présente pas les mêmes difficultés qu’une personne en phase avancée. La prise en charge doit donc être ajustée en permanence : maintien de l’autonomie au début, accompagnement renforcé ensuite, puis soins centrés sur le confort aux stades avancés.
Dr. Claire Tschann, Médecin Coordonnateur régional emeis
« Avec la maladie d’Alzheimer, il n’y a pas de parcours uniformes, mais des trajectoires très variées.
Chez certaines personnes, l’évolution de la maladie est très lente, les repères sont conservés, l’expression des besoins reste pertinente.
Chez d’autres, la maladie progresse vite, les fluctuations sont importantes, des troubles du comportement se développent.
D’un individu à l’autre, on observe de nombreuses nuances. Il est impossible de définir et d’anticiper les étapes précises de la maladie. »
Dans les maisons de retraite emeis, cette évolution est prise en compte dans l’organisation des soins et de la vie quotidienne, afin d’assurer une continuité d’accompagnement à chaque étape de la maladie.
FAQ : Vos questions sur les traitements de la maladie d’Alzheimer
Existe-t-il un vaccin contre la maladie d'Alzheimer ?
Actuellement, il n’existe pas de vaccin disponible contre la maladie d’Alzheimer. Certaines recherches explorent cette piste, mais elles en sont encore à des phases expérimentales.
Peut-on soigner la maladie d’Alzheimer uniquement avec des méthodes naturelles ?
Les approches non médicamenteuses sont utiles et complémentaires, mais elles ne remplacent pas un suivi médical. Elles doivent s’inscrire dans une prise en charge globale.
Quels sont les traitements les plus prometteurs contre la maladie d’Alzheimer ?
Les traitements les plus prometteurs concernent aujourd’hui l’immunothérapie et les molécules ciblant les protéines impliquées dans la maladie. Leur efficacité reste encore en cours d’évaluation.
Comment agissent les médicaments actuels sur le cerveau ?
Les médicaments disponibles en France agissent principalement sur les neurotransmetteurs afin d’améliorer la communication entre les neurones. Ils peuvent atténuer certains symptômes, sans agir sur les causes profondes de la maladie Les anticorps anti amyloïde (non disponibles en France), sont des immunothérapies conçues pour cibler et éliminer les dépôts de protéine amyloïde‑β dans le cerveau.
Quels sont les effets secondaires des traitements médicamenteux ?
Les effets secondaires varient selon les traitements. Ils peuvent inclure des troubles digestifs, des maux de tête ou, plus rarement, des effets neurologiques. Leur prise nécessite un suivi médical régulier.
Quel médecin peut prescrire les traitements contre la maladie d'Alzheimer ?
Les traitements peuvent être prescrits par un médecin généraliste, un neurologue ou un gériatre, en fonction de la situation. Pour mieux comprendre le parcours de diagnostic et les professionnels impliqués, consultez notre page dédiée :