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Protoxyde d’azote : consommation, addiction et impact sur la santé

Le protoxyde d’azote ou « gaz hilarant » n’est pas sans danger pour la santé.

Le protoxyde d'azote est un gaz également appelé gaz hilarant car, entre autres effets, il place dans un état d'ivresse et d’euphorie qui fait rire. Il s’agit néanmoins d’un produit toxique qui peut entrainer de graves séquelles neurologiques et psychologiques. 

Et sa consommation s’intensifie chez les adolescents et jeunes adultes ; un phénomène très préoccupant pour le Docteur Frédéric Kochman, médecin psychiatre chez emeis. Explication et décryptage de cette consommation et de ses effets sur la santé.  

Pourquoi la consommation de ce produit est-elle en forte augmentation aujourd'hui, notamment chez les jeunes ? En quoi est-elle inquiétante ?

La particularité de ce gaz, très accessible car en vente libre, est d’être neurotransmetteur, ce qui lui permet d’arriver au cerveau de manière excessivement rapide quand on l'inhale (de l'ordre de 2 secondes) et de perturber toutes les informations dans le cerveau.

Le danger majeur de cet effet d'ivresse est qu’en respirant seulement une petite bombe de gaz, soit un ballon de baudruche, on atteint un état équivalent à une alcoolémie de plus d'un gramme par litre, ce qui correspond exactement à la consommation d’une demi-bouteille de whisky. 

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Quels sont les risques immédiats d’une inhalation de protoxyde d’azote ?

Au-delà de l'état d'ivresse, qui représente déjà un risque en lui-même (car il peut entrainer des chutes, des accidents…), le risque immédiat en inhalant du protoxyde d’azote est la privation d'oxygène : ce gaz va prendre la place de l'oxygène dans notre sang, ce qui représente un risque d'asphyxie, en tout cas d'hypoxie ; dans ce cas, on se met à respirer grandement en ayant la sensation de ne plus avoir d’air et d’être en train d'étouffer. 

Il y a également le risque neurologique : un consommateur de protoxyde d’azote peut se retrouver à avoir les jambes qui lâchent, à perdre connaissance.

A plus long terme, les conséquences les plus importantes sur l’organisme, reconnues aujourd'hui, sont les atteintes et dégâts irréversibles sur le cerveau, notamment au niveau de la mémoire, des apprentissages. On sait que le protoxyde d'azote va bloquer une vitamine essentielle dans l'organisme : la vitamine B12. Or cette vitamine, c'est une vitamine indispensable à la création de la myéline dans le cerveau. 

Cela peut entraîner des dégâts non seulement dans le cerveau, mais aussi sur tout le circuit nerveux, c'est à dire toute notre moelle épinière et même les nerfs de nos membres supérieurs et/ou inférieurs. C’est pour cela qu’on peut observer des jeunes se mettre à trembler de tous leurs membres, ne plus tenir sur leurs jambes, être incapables de monter un escalier. Dans certains cas, un suivi par un neurologue sera nécessaire, complété par une réadaptation en kinésithérapie. Et malheureusement, on observe de plus en plus de cas de ce type.

La Clinique de Soins Médicaux et de Réadaptation Mirabeau – établissement emeis situé à Eaubonne, dans le Val d’Oise – propose aux jeunes atteints de séquelles neurologiques liés à leur consommation de protoxyde d’azote un véritable parcours de soins de rééducation et de réadaptation. 

Découvrez le reportage du média en ligne neo à la Clinique Mirabeau. Un témoignage qui rappelle l’urgence d’agir.

Si on est témoin d'un malaise ou d'un comportement inquiétant d'un jeune après une consommation de protoxyde d’azote, quels sont les bons réflexes à adopter ?

Face à une telle situation, je conseillerais d'appeler un médecin : SOS Médecins, voire le SAMU, parce qu’un avis médical sera quoi qu'il en soit important.

En parallèle, la première chose à faire est de laisser la personne respirer, parce qu'elle manque d'oxygène. Il convient de la mettre en situation, par exemple allongé, pour éviter une rechute, et dans une position qui va l’aider à respirer (par exemple ouvrir ses vêtements). A titre d’exemple, une équipe de SAMU qui arrive au chevet d’un tel patient commencera par lui mettre tout de suite un masque à oxygène. 

Le 2ème point est de rester à ses côtés et de l'accompagner sur quelques minutes, le temps que le produit ait largement diminué son effet. Il peut être nécessaire de rassurer le patient qui, pendant l'état d'ivresse, peut avoir des hallucinations, un état d'agitation, une crise anxieuse. 

Comment sont pris en charge les jeunes consommateurs, sur un plan médical et psychologique ?

Médicalement, on va mettre en place un traitement qui va associer la vitamine B12 à haute dose à certains traitements qui auront pour effet d'apaiser et de limiter les dégâts au niveau du cerveau. 

En parallèle, un suivi médico-psychologique est essentiel, notamment pour lutter contre les addictions. Des entretiens motivationnels pourront être proposés pour amener le jeune à se rendre compte des dégâts qu'il cause à son propre cerveau, à son propre organisme, et l'amener à arrêter ses consommations. Enfin, en tant que psychiatre, je chercherai quelle souffrance psychique se cache derrière ce désir de consommation ; souvent, on a un trouble de santé mentale de type anxieux ou dépressif.

Peut-on réellement parler d'addiction concernant le protoxyde d'azote ?

Heureusement, les addictions au protoxyde d’azote sont plutôt rares. On observe plutôt un effet de reproduction, car l'effet de ce gaz est de 10 à 15 minutes uniquement. 

Mais c’est aussi ce qui constitue la problématique et le danger : sur une soirée, un jeune peut en inhaler 5 fois, 6 fois, 10 fois, 15 fois. Et c'est dans ces cadres-là que certains deviennent addicts. 

Une autre caractéristique de l’addiction chez certains jeunes est le fait d'en consommer tout seul ; auquel cas, une aide et un suivi dans un service spécialisé pourront aider à soigner ces jeunes.

Et quel comportement adopter avec ces jeunes en tant que proches pour ne pas les braquer sur ce sujet ?

Dans les études récentes, on estime que 10 à 15 % des adolescents ont déjà essayé ou l'utilisent régulièrement. Cela signifie que tous les parents et grands-parents doivent se sentir concernés. 

Il ne faut surtout pas banaliser la consommation de protoxyde d’azote, car il ne s'agit pas d'un produit récréatif sans danger, comme on peut l’entendre parfois. Il s'agit d'une véritable molécule toxique, tout particulièrement pour le cerveau, avec des conséquences psychiques et neurologiques. 

Il est important d'en parler entre parents et adolescents, entre jeunes, pour qu'il n'y ait pas de tabou sur le sujet, et pour qu'on puisse faire de la pédagogie, sensibiliser et expliquer aux jeunes les dégâts causés par ce genre de gaz sur le cerveau et le système nerveux.

Le Dr Kochman conseille vivement aux parents d'en parler ouvertement avec leurs enfants en les rassurant sur l'objectif de l’échange. Par exemple « J’ai vu un reportage sur la consommation de protoxyde d’azote en soirée par les jeunes qui m'a beaucoup inquiété ; il n'est pas question que je te punisse, mais est-ce que ça t'est arrivé d'essayer ce fameux gaz… ». Puis sensibiliser. 

Découvrez ci-après le clip de prévention « Le protoxyde d’azote, c’est pas ton pote ! » réalisé par les équipes de la Clinique de rééducation Mirabeau en partenariat avec la ville d’Eaubonne et l’association Jeune et Engagé. 
Diffusé dans les collèges et lycées de la commune, ainsi que sur Pronote, il vise à sensibiliser les élèves et leurs parents.

Un projet choisi par l’association Tandem, portée notamment par l’AFEP, pour son « Tour de France des projets inspirants » !

Je regarde le clip