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Comprendre les mécanismes et les effets des addictions

Décryptage des mécanismes de la dépendance, des effets de l’addiction sur le corps et l’esprit, et des prises en charge permettant d’accompagner le sevrage et aider à la guérison.

Article rédigé dans le cadre d’un entretien avec un psychiatre addictologue exerçant dans une clinique emeis en région parisienne.

Définition de l’addiction

Il existe de nombreuses manières de définir l'addiction. La plus simple et la plus compréhensible est l'incapacité à arrêter un comportement ou la consommation d'un produit malgré les conséquences négatives que cela a sur notre vie.

Les mécanismes biologiques de l’addiction dans notre cerveau

Plusieurs mécanismes se passent quand une addiction s’installe. 

Au départ, l'addiction comportementale ou la consommation d'un produit a une fonction : selon le cas et la personne, elle fait plaisir ou elle résout un problème, certes mal, mais elle le résout ou l’apaise quand même. 

L’installation de l’addiction est favorisée par le fait que l’impact immédiat - au départ - semble positif dans le cerveau : l'anxiété diminue ou le plaisir augmente à la consommation du produit ; ou une sensation de partage est appréciée avec les personnes avec qui il est consommé. 

Et puis, petit à petit, il y a plusieurs mécanismes qui se mettent en place. 

  • La tolérance : on tolère de mieux en mieux le produit, alors on augmente les doses pour obtenir le même effet. Et dès que la consommation du produit s’arrête, des symptômes de sevrage apparaissent. On observe cela particulièrement avec l'alcool, notamment. 
  • Le conditionnement : plus on consomme le produit, plus on va stimuler le circuit de récompense (la consommation nous fait du bien). Au final, on crée une routine ; c'est aussi un des signes de l'addiction. 

Il faut concevoir qu'au début, consommer une drogue représente un plaisir (sinon on ne le ferait pas). Puis ça devient progressivement une habitude et c’est à ce moment que l’impact négatif commence. Et enfin l’addiction s’installe, lorsqu’on n'arrive plus à arrêter de consommer malgré nos efforts.

Les principales addictions prises en charge de nos jours dans le cadre d’une hospitalisation 

Les principales addictions rencontrées en cliniques de santé mentale restent l'alcool et le tabac, suivis par tous les autres produits comme la cocaïne, le cannabis et enfin les produits de synthèse et des substances comme le GHB ou la kétamine ; sans oublier le tout dernier apparu, le protoxyde d'azote.

On observe récemment une baisse de la consommation des 3 drogues historiques (alcool, tabac et cannabis) chez les jeunes. Et en parallèle de la diminution du tabac, on note chez les jeunes une augmentation des consommations de nicotine sous d'autres formes, comme les vapoteuses, qui peut aussi causer des problèmes. 

Par ailleurs, on assiste à une explosion de la consommation de certaines drogues comme la cocaïne, comme la kétamine et comme ces nouvelles drogues qui arrivent sur le marché.

Drogues dures, drogues douces : la dangerosité des drogues 

Il n’y a jamais eu de drogue douce ou légère ; c'est un abus de langage qui n’a d’ailleurs jamais été utilisé en addictologie. 

L'addictologie, c'est l'histoire unique d'une personne, d'un produit et d'un moment. Chaque situation est unique, en fonction de la drogue consommé, du profil du consommateur et du moment où la consommation et l’addiction apparaissent dans sa vie. Mais toutes les drogues peuvent générer des addictions sévères ; et toutes peuvent avoir des impacts et retentissements sur la santé comme sur la vie quotidienne.

Pour évaluer la dangerosité des drogues et addictions, il est important de distinguer l'exposition chronique et l'exposition aiguë. 

Concrètement, à ce jour la drogue qui génère le plus de décès est la cigarette, car la consommation est importante et très toxique sur le long terme. En France, on compte 70 000 morts par an en lien avec le tabac. 

L'alcool a une toxicité sur le court terme, avec notamment des accidents de la route, des violences intrafamiliales,... sans oublier à plus long terme la toxicité sur le cerveau, ou encore le foie. L’alcool est donc également une drogue particulièrement dangereuse. 

Pour les autres drogues, le risque est notable sur les consommations aiguës, c'est à dire les overdoses. Sur les opiacés comme sur la cocaïne, une seule prise peut engendrer un décès. La consommation de kétamine engendre des complications assez graves, tout comme le protoxyde d'azote, qui a des impacts neurologiques qui peuvent être importants.

Les premiers symptômes à détecter

Cette question s'adresse surtout aux parents et proches d’adolescents et de jeunes adultes car, en général, un adulte détecte lui-même son addiction ; il en est conscient et ressent l’impact sur son fonctionnement. 

D’une manière générale, le premier symptôme à détecter est la rupture du mode de fonctionnement. Chez un adolescent par exemple, on pourra s’interroger face à un décrochage scolaire inexpliqué, face à des ruptures dans les relations avec les autres.

Symptomatologie : points communs et différences entre les addictions

Premier symptôme commun à quasiment toutes les addictions : le craving, qui signifie avoir une envie irrépressible de consommer un produit, une envie qui va au-delà de ce qu'on voudrait faire, une envie non maitrisée qui nous emporte malgré le fait qu'on ait décidé d'arrêter.

La symptomatologie de sevrage peut également constituer un point commun entre certaines drogues, comme l'alcool et les opiacés (la morphine et l'héroïne, etc), qui donnent des syndromes de sevrage très visibles. 

Evaluer une addiction

La première question à se poser : la consommation a-t-elle un impact sur son fonctionnement ? ses relations sociales ? sa façon de travailler ? sur sa santé ? 

Les conséquences physiques d’une addiction

Les conséquences physiques varient d’une substance à l’autre. Chaque substance a ses propres risques et ses effets secondaires liés à son mode d'action : ceux liés aux overdoses, c'est à dire à un arrêt respiratoire brutal comme avec les opiacés, un accident cardio-vasculaire comme un infarctus du myocarde avec la cocaïne, ou encore des problèmes neurologiques avec l'utilisation chronique de protoxyde d'azote. 

Le tabac aura un impact sur le système cardiovasculaire, sur les cancers (du poumon, mais aussi de la vessie). 

Avec l'alcool, on retrouvera aussi une augmentation de certains cancers et un risque de cirrhose du foie, c'est à dire de destruction irréversible du foie. 

Les impacts d’une addiction sur la santé mentale

Les effets sur la santé mentale diffèrent selon la prise aigue (effet immédiat) et la consommation chronique sur le long terme. 

Par exemple, la consommation d'alcool va dans un premier temps désinhiber ; c’est l’effet de la prise aigue sur le cerveau, qui peut entrainer des situations non maitrisées, non désirées, et selon la quantité consommée, l’effet peut aller jusqu'au coma. Sur le moyen terme, l'alcoolisme peut favoriser la dépression. Enfin, l’addiction à alcool au long cours peut entraîner des démences. 

Et chaque drogue a sa façon d'agir sur le cerveau. Par exemple, l'impact majeur du cannabis, surtout chez les jeunes, est le syndrome amotivationnel, c'est-à-dire la perte de motivation. En revanche, les cas de décompensations délirantes sont assez rares avec le cannabis, tandis que le LSD ou les champignons hallucinogènes sont psychodiseptiques, engendrant des modifications des perceptions des sens, des états d’euphorie ou d’angoisse profonde, une perte de contrôle.

Retentissement d’une addiction sur la vie sociale, familiale et professionnelle

Tout se joue dans la place que prend l’addiction dans la vie quotidienne du patient. 

La consommation de produits commence souvent par être plutôt festive, ponctuelle, sans véritables effets négatifs. Puis, petit à petit, la drogue va prendre une place dans la vie du patient aux dépens des autres activités… jusqu’à prendre toute la place, au point parfois que l'individu se retrouve seul avec son produit. Dans les cas évolués d'addiction, il n'y a plus rien ni personne autour du patient dans son quotidien. 

Accompagnement et prise en charge en addictologie

En addictologie, les patients sont souvent accompagnés et pris en chargeen ambulatoire, en consultation en cabinet de ville, voire en hôpital de jour. Néanmoins, dans certains cas, la prise en charge de l’addiction nécessitera une hospitalisation, pour s’extraire du quotidien et du milieu qui favorise l’addiction, pour faciliter le sevrage,…

La prise en charge intègre l'analyse des motivations du patient, des modalités de sa consommation et de l'impact de sa consommation sur sa vie quotidienne, car chaque patient est unique. Il est indispensable de comprendre l’histoire du patient et connaitre ses moteurs et ses attentes pour construire un projet de soins personnalisé. 

Les principaux traitements de l’addiction

Il y a tout d’abord les traitements de substitution ; par exemple la nicotine en patch, avec certes le risque de dépendance mais sans risque de cancer augmenté ; ou encore la méthadone ou le Subutex, qui peuvent sauver des vies. Ces traitements permettent notamment de satisfaire le patient dans sa relation à la molécule en limitant le risque sur la santé. 

Ensuite, les médecins peuvent recourir à tous les médicaments de la psychiatrie qui permettent de soigner les troubles autour de l'addiction, c'est-à-dire les troubles anxieux, la dépression, les troubles du sommeil, qui permettent de mieux vivre l’arrêt du produit et de soigner ce qu'il y a « en dessous », car souvent, l'addiction est la partie émergée de l'iceberg. Dans ce cas, l’arrêt de la consommation du produit ne suffit pas à aller mieux. 

Enfin, il existe quelques rares médicaments spécifiques de l'addiction. 

Leviers face au sevrage et à l’arrêt de la consommation d’une drogue

Comme pour toutes les pathologies psychiques et psychiatriques, le premier point est de lever les tabous pour que les personnes concernées soient en capacité de parler et donc de demander de l’aide. Il faut destigmatiser, sortir les personnes souffrant d’addiction des situations d'isolement et de culpabilité et leur ouvrir la voie pour être accompagnées et soignées.

Accompagner le patient à changer d’environnement et de cadre de vie peut être important pour ne pas être incité à consommer ; il est souvent compliqué d'être abstinent sans changer d'environnement. 

Parallèlement, il est important d’accompagner le processus motivationnel. Il faut nourrir et entretenir les motivations du patient à arrêter ; et il faut entretenir ce processus avec le patient et avec son entourage. Associer l'entourage est fondamental. Tout ce processus motivationnel se poursuit après l'hospitalisation, après le sevrage, avec des groupes de soutien notamment (comme les Narcotiques Anonymes ou les Alcooliques Anonymes). 

Enfin, il faut toujours avoir à l’esprit que le patient est expert de sa problématique ; s’il consomme depuis 20 ans, il connait tout, il sait que la drogue est nocive ; il a besoin d’un accompagnement et d’un soutien pour arriver à s'affranchir de cette dépendance. Et les professionnels de santé, en tant qu'expert de l'addiction, travaillent avec lui. 

Guérir d'une addiction

Il est tout à fait possible de sortir d'une addiction. 

Certains arrêtent spontanément, car la consommation va finir par engendrer des nausées, des maux. D’autres, un peu plus dépendants, pourront arrêter avec leur médecin, avec le soutien de leur famille. Et puis pour ceux plus dépendants, ils sont aidés dans le cadre d’une hospitalisation en clinique. 

Il est possible de rechuter et de redevenir abstinent.

Dans la prise en charge, l’ensemble des compétences et professionnels ont un rôle à jouer : médecins, psychologues, éducateurs sportifs, infirmiers,…